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Traverser l’Europe à vélo

Le vélo est une façon de voyager en douceur généralement peu prisée par les voyageurs qui ne rêvent que de destinations lointaines, de dépaysement absolu, de lâcher prise au bout du monde dans des cultures où l’inconnu leur ouvre grand les bras.

Quel dommage en réalité, car l’inconnu et la découverte sont toujours beaucoup plus proches de nous qu’on veut bien l’imaginer, et le vélo est l’outil de voyage absolu pour aller à la rencontre des autres, et bien sûr, dans l’effort, de soi-même.

Des côtes Bretonnes aux bords de la Mer Noire

Vous l’ignorez peut-être mais nous, amoureux de la petite reine, nous sommes plutôt gâtés en Europe avec plusieurs itinéraires bien balisés qui traversent l’Europe de part en part, du Nord au Sud et d’Ouest en Est.

Mais la voie la plus intéressante pour l’apprenti cycliste voyageur est sans nul doute l’Eurovélo 6, qui traverse toute l’Europe sur 10 pays, soit environ 3653 KM jusqu’en Roumanie où la route s’arrête nette à Constanta, sur les rivages de la mer Noire.

Tracé "officiel" de l'Eurovélo 6 réalisé par l'excellent site La Loire à vélo
Tracé « officiel » de l’Eurovélo 6 réalisé par l’excellent site La Loire à vélo

 

Vous seriez surpris du nombre de personnes qui s’aventurent entres amis mais aussi en famille avec les enfants sur cette route, la plus facile au demeurant de tous les itinéraires cyclistes européens. Les vacances et le voyage ne font qu’un, se complètent et n’ont qu’un but, aller au bout de la route.

Bon allez, il faut que je vous avoue quelque chose, je l’ai empruntée cette route, certes, mais seulement sur une petite partie qui traverse notre beau pays, de Châlon-sur-Saone à Bâle au bord de la frontière Suisse. 295 KM tout de même, en 3 jours !!

Disons que c’était un entraînement et surtout la promesse d’un voyage exceptionnel à venir car oui, je suis bien décidé à planifier ce voyage sur cet itinéraire qu’on appelle également « la route des fleuves » en famille avec mes deux jeunes enfants pour l’année prochaine !

Alors j’imagine déjà la tête de certains, « 3653KM en vélo, et avec des gamins, il faut être fou ! ». Hé bien pas du tout, ce voyage c’est avant tout l’éloge de la lenteur, on prend son temps, on découpe les étapes comme l’on veut, on s’arrête partout, et, si l’on est puriste on transporte les tentes et on dort sur le bord des routes.

Néanmoins je conseille la prudence dans ce cas notamment en Roumanie ou les chiens errants sont super nombreux, j’ai rencontré sur la route des personnes qui faisaient le chemin inverse (Roumanie > France) et qui m’ont raconté avoir eu pas mal de soucis avec ces chiens qui se déplacent parfois en meutes et peuvent être dangereux sur la route (attention les mollets) et la nuit si l’on dort à la belle étoile.

Amélie, une jeune fille qui faisait route avec ses parents et son oncle (je la salue au passage si elle vient à me lire) m’avait même expliqué qu’une nuit deux chiens avaient arraché sa toile de tente attirés par l’odeur de la nourriture. Donc mieux vaut s’équiper d’un bâton toujours à portée de main, histoire de les repousser, ou, de manière plus pacifique mais tout aussi efficace, un pistolet à eau avec du vinaigre ! Radical !

D’autres personnes croisées au hasard des étapes (ça papote pas mal sur ce chemin entre cyclistes!) avaient opté pour des nuits en hôtel ou en gîte, plus confortable bien sûr, et très appréciable après une journée à pédaler, mais aussi nettement plus chère comme formule et, à mon sens, ça casse un peu le côté « aventure » telle que je conçois cette expérience.

Nantes, départ d'une longue traversée de 3600 KM vers la mer Noire
Nantes, départ d’une (très) longue traversée de plus de 3600 KM vers la mer Noire

 

Gérer la distance

Bien sûr une telle distance ne se couvre pas en quelques jours, donc si votre boulot ne vous laisse que 15 jours de libres pour les congés d’été, c’est irréalisable, ou du moins pas sur toute la longueur, optez pour la partie française !

En effet c’est un moyen extraordinaire de redécouvrir ou découvrir tout bêtement la France, car avec 1280 KM de route balisée, le début du parcours vers la Roumanie (ou la fin c’est selon) se fait en moyenne en 2 semaines, au rythme moyen de 100KM par jour (c’est déraisonnable pour moi d’aller au delà) et en s’arrêtant un jour ou deux pour visiter ou simplement se reposer.

En famille ce rythme redescend plutôt entre 50 et 80 KM par jour, ce qui est suffisant et permet vraiment les pauses, les rencontres, les visites et bien sûr, les petites courses du jour, la recherche d’un terrain où dormir voire même si vous avez de la chance, trouver un local qui vous ouvrira sa maison, c’est plus fréquent qu’on peut le croire et incroyablement riche en terme de rapports humains.

Idéalement prévoyez 2 mois pour ce grand voyage, pour rouler de manière cool, sans stress sur les distances et en vous laissant la chance d’ouvrir les yeux et de vous arrêter aussi souvent que vous le souhaitez.

La préparation

Évidemment, c’est un voyage qui se prépare. Personnellement, je vais le réaliser l’été 2016 et je suis déjà en train de m’entraîner de temps en temps les dimanches de beau temps, de réfléchir aux équipements et d’étudier le tracé.




Mais j’insiste vraiment : pas besoin d’être un sportif accompli pour entamer ce périple ! C’est accessible à tout le monde et pour tous les âges !

Quel vélo ?

Comme pour le reste des équipements, pensez léger ! J’aurais tendance à vous conseiller un VTC plutôt qu’un VTT, trop lourd et pas adapté pour du cyclotourisme au long cours, le VTC étant beaucoup mieux adapté aux routes qui sont parfois en piteux état dans certains pays de l’Est.

Voici un vélo de marque « Ortler Perigor » que j’affectionne pour sa robustesse, c’est d’ailleurs sans doute sur ce modèle que je vais m’orienter personnellement même si vous le constaterez ce n’est pas donné !

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Le poids de ce modèle est tout de même de 16KG, assez lourd me direz-vous, mais une fois de plus le but n’est pas de boucler des étapes de 200KM par jour, mais bien de se balader et de regarder autour de soi plutôt que sur le compteur, donc ce poids se justifie par la solidité des matériaux et le confort de la selle.

D’ailleurs en parlant de selle, c’est l’un des éléments à ne surtout pas négliger au risque de souffrir le martyre au fil des kilomètres, celle ci doit être suffisamment légère mais aussi suffisamment confortable puisque c’est bien à cette endroit que va reposer l’ensemble de votre anatomie des semaines durant !

Voilà un exemple d’un modèle intéressant de la marque « Terry »
Voilà un exemple d’un modèle intéressant de la marque « Terry »

Il existe de nombreux modèles de selles, mais n’optez pas pour les selles ultra-larges, certes extrêmement confortables mais réservées à une utilisation citadine sur de courtes distances, assurez vous qu’elle soit effilée, sans excès pour laisser une belle place à l’arrière ou repose l’arrière-train, et bien sûr rembourrée avec du gel pour absorber au mieux les chocs !

Autre chose concernant le vélo en lui même, optez si possible pour des pneus anti-crevaisons, les derniers modèles sont très performants, car dites vous bien que sans cela vous en passerez du temps à réparer sur le bord des routes, pas toujours évident et surtout ultra-pénible. Pensez aussi à un bon éclairage, avant et arrière. Le couple de quinquagénaires que j’ai croisé près de Mulhouse avaient installé sur les vélos une petite perche bricolée avec une sorte de petit gyrophare. C’était rigolo et pas idiot car il faut vraiment penser à se signaler efficacement sur la route, et de loin !

On peut pousser encore un peu le confort concernant l’équipement du vélo, mais tout aussi important que la selle même si on n’y pense pas au premier abord, il s’agit des poignées.

Je fais beaucoup de VTT près de chez moi et j’avais déjà développé un problème d’insensibilité dans les mains après des longues sorties, dû aux poignées rondes qui compriment le nerf médian, cubital ou ulnaire. C’est franchement désagréable et ça pouvait même occasionner des mini paralysies dans la main pendant quelques jours.

Mais j’ai résolu le problème depuis que mon ostéopathe m’a parlé de poignées ergonomiques qui permettaient de répartir la surface d’appui de la main et de moins crisper celle ci autour de la poignée. D’ailleurs vous remarquez sur les itinéraires de l’Eurovélo que la plupart des personnes en possèdent.

Voici ma poignée, de marque Ergon, c’est un peu cher mais ça change la vie sur un vélo (le montage prends 5 minutes et un atelier de réparation vélo vous demandera environ 10 euros pour les changer).eurovelo-poignee-velo-ergonDernier point, les bagages ! Hé oui en vélo pas de sac à dos, ou alors pour la gourde d’eau (sac d’hydratation, très pratique en roulant).

Il y a plusieurs options, mais vous aurez du mal à faire l’impasse sur les bagages de vélo, fixés à l’arrière, à l’avant ou les deux.

Vous en trouverez facilement en magasin spécialisé (même Décathlon) et évidemment sur le net. Un modèle comme celui ci-dessous se révèle extrêmement pratique.eurovelo-sac-velo-wave
Sinon il reste l’option de la petite remorque pour transporter de manière simple et peu coûteuse le matériel un peu plus lourd comme la tente, la réserve d’eau, les utiles de cuisine etc.

Voilà le modèle qui est le pratique (selon moi) et qui ne prend pas trop de place.eurovelo-remorque-cargo

 

Si vous partez avec des enfants en bas âge, il existe un tas de remorques adaptées dans lesquelles vous pouvez les placer à deux côte à côte. Généralement ils adorent l’expérience, mais sur des centaines de kilomètres il faut que cette remorque soit un minimum confortable pour leur permettre à l’occasion de dormir un peu.

J’en utilise une de la marque « Samax » pour des balades familiales le dimanche et j’ai opté pour ce modèle qui est vraiment très bien étudié.eurovelo-remorque-enfantsPratiques, ces remorques se transforment en un tour de main en poussette géante !

Se repérer

Là aussi il y a les puristes et les autres. Les premiers ne jurent que par leurs cartes, mais il faut en avoir tout un jeu et elles ne sont pas si faciles à trouver, et les autres (c’est mon cas) s’équipent d’un GPS dédié au vélo.

eurovelo-gps-veloBon j’ai déjà le mien depuis quelques mois, car en VTT c’est très pratique dès qu’on s’éloigne des routes bitumées. Autant prendre une marque quand on choisit un modèle, comme Garmin, Bryton, ou Myo. Moi je suis très content du Garmin Touring plus qui permet d’avoir d’office la carte européenne disponible sur l’appareil (« City Navigator® Europe NT »). Mais sinon on peut télécharger les cartes à partir d’un ordinateur, soit les cartes officielles de la marque ou d’autres en open runner.

 

Quoiqu’il en soit sachez que l’itinéraire est particulièrement bien balisé par des panneaux qu’on ne peut pas louper !

L’équipement

Léger ! C’est le maître mot ! La seule bonne période pour faire cette longue route s’étale de mai à septembre en réalité, et sachez qu’il peut faire particulièrement chaud dans les pays de l’Est, climat continental oblige, mais vous serez surpris également par de très gros orages, donc les protections contre la pluies ne doivent pas être superflues, tout au contraire !

Pour la tente si vous préférez vous la jouer aventureux, il y a de très bons modèles vraiment pour « rien » chez Décathlon, cela fait très bien l’affaire si et seulement si elles sont bien imperméables et bien isolées du sol, et pas besoin de duvets très épais, c’est volumineux et surtout inutiles car les nuits sont (généralement) chaudes.

Emportez également une petite boîte à outils basiques, qui vous sera forcément utile par moment, et des ustensiles de cuisine (type camping), légers et incassables, ainsi qu’un réchaud.

Complément d’informations

Vous trouverez toutes les informations utiles sur le site officiel de l’Eurovélo ici !

D’ailleurs si ce périple original vous tente mais que vous êtes seuls à être intéressés dans votre entourage, sachez que sur le forum de ce site vous trouverez des personnes dans votre cas qui recherchent des compagnons de route, car à mon sens une telle aventure doit se vivre à plusieurs, c’est nettement plus fun et surtout plus sûr en cas de pépin !

Voir le forum

eurovelo-manuel-voyage-veloEssayez de vous procurer le «Manuel du voyage à vélo», ouvrage très complet sur le cyclotourisme qui vous apportera un tas d’astuces concrètes pour vous permettre de préparer au mieux votre voyage.

Il existe aussi un bouquin spécifiquement axé sur l’Eurovélo 6, certes un peu plus ancien (à l’époque l’itinéraire balisé s’arrêtait à Budapest), mais plein d’informations utiles sur le trajet, les choses à voir et à visiter etc.eurovelo-nantes-budapest

 

 

 

 

Sinon plus insolite, vous découvrirez en suivant ce lien que certains ont beaucoup d’idées pour voyager loin en vélo au point d’avoir créer le premier « vélo-camping-car » ! Marrant et très bien pensé ! (site en anglais)

 

Pour finir, voici une vidéo piochée sur le net de cette incroyable aventure qu’est l’Eurovélo 6; l’image n’est pas d’une qualité extraordinaire mais l’enthousiasme de ces personnes et la beauté des paysages donne envie d’enfourcher le biclou n’est ce pas ? ^^

PS : Cet article sera complété l’année prochaine d’un autre plus poussé avec tous les bons plans sur la route une fois que j’aurai achevé mon périple ! 😉

 

À propos de Romain Desailly
Toujours un appareil photo à la main, ce passionné de photographie et de vidéo aime à arpenter le monde pour chercher des réponses aux questions qu’il ne se posait pas avant de bourlinguer. Il est le co-créateur de ce guide voyage.

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